La promesse de Trump de quitter l’Afghanistan était une ruse selon son dernier secrétaire à la défense

Article original datant du 18/08/21

Chris Miller affirme maintenant que les discussions sur un retrait complet étaient un « jeu » pour convaincre un gouvernement dirigé par les talibans de garder les forces antiterroristes américaines.

A December 2020 photo shows Acting Defense Secretary Chris Miller, left, with Gen. Austin Scott Miller, the last commander of U.S. forces in Afghanistan.
Une photo de décembre 2020 montre le Secrétaire à la défense par intérim Chris Miller, à gauche, avec le Général Austin Scott Miller, le dernier commandant des forces américaines en Afghanistan

Les principaux responsables de la Sécurité Nationale du président Donald Trump n’ont jamais eu l’intention de retirer toutes les troupes américaines d’Afghanistan, selon de nouvelles déclarations de Chris Miller, le dernier secrétaire à la défense par intérim de Trump.

M. Miller a déclaré que la promesse publique du président de terminer le retrait des forces américaines d’ici le 1er mai, comme négocié avec les talibans, était en fait un « jeu » qui masquait les véritables intentions de l’administration Trump : convaincre le président afghan Ashraf Ghani de démissionner ou d’accepter un accord amer de partage du pouvoir avec les talibans, et garder certaines troupes américaines en Afghanistan pour des missions de contre-terrorisme.

Lors d’une conversation cette semaine avec Defense One, Miller a révélé que, alors qu’il était le principal responsable de la lutte contre le terrorisme au sein du Conseil National de Sécurité en 2019, il a commandé un « wargame » (jeu de stratégie, simulation de conflit) qui a déterminé que les États-Unis pouvaient continuer à mener des activités de lutte contre le terrorisme en Afghanistan avec seulement 800 militaires américains sur le terrain. Et à la fin de 2020, alors qu’il était secrétaire à la défense par intérim, M. Miller a affirmé que de nombreux responsables de l’administration Trump s’attendaient à ce que les États-Unis soient en mesure de négocier un nouveau gouvernement partagé en Afghanistan, composé principalement de responsables talibans. Le nouveau gouvernement permettrait alors aux forces américaines de rester dans le pays pour soutenir l’armée afghane et combattre les éléments terroristes.

Ce plan n’a jamais vu le jour, en partie parce que Trump a perdu sa tentative de réélection en novembre. Et au moins un autre ancien haut fonctionnaire de l’administration Trump a mis en doute la version de Miller. Mais en le révélant, Miller a contesté les récentes affirmations selon lesquelles Trump est à blâmer pour avoir mis en place les scènes chaotiques de cette semaine qui se déroulent à Kaboul. M. Miller a allégué que malgré les fréquentes promesses publiques de M. Trump de mettre fin à la guerre en Afghanistan et de ramener toutes les troupes américaines au pays, de nombreux hauts responsables de la sécurité nationale au sein de son administration pensaient qu’un retrait total n’était pas inévitable.

Le spectre des commentaires publics de Trump a persisté dans la nouvelle administration. Lundi, le président Joe Biden a affirmé que l’accord conclu par Trump avec les talibans en février 2020 et les retraits de troupes qui ont suivi, ainsi que le désir croissant de l’opinion publique américaine de mettre fin à la guerre, n’ont laissé que deux choix au nouveau président : renvoyer des milliers de soldats américains en Afghanistan pour une mission infructueuse ou se retirer complètement et rapidement.

En décembre, Miller a atterri en Afghanistan pour discuter officiellement avec les dirigeants afghans de la fin de la présence des troupes américaines. La réponse du président de l’époque, Ashraf Ghani, a surpris Miller. « Je m’attendais à de l’hostilité », s’est-il souvenu lors d’une conversation avec Defense One samedi. « Au lieu de cela, il a été gracieux et respectueux. Il a parlé des sacrifices des Américains. Il a remercié les familles des Gold Star. Il a dit : ‘Vous avez tellement fait’. »

Mais le ton des discussions a changé lorsque Miller a rencontré le vice-président de Ghani, Amrullah Saleh, qui avait également occupé des rôles clés dans le domaine du renseignement au fil des ans.

« Il est arrivé et a simplement parlé de la menace », a déclaré Miller. « Essentiellement, le message était : ‘Cela va être mauvais. Et si cela se produit, Al-Qaïda va revenir’. »

Au cours des réunions, la délégation américaine et ses homologues afghans n’ont pas parlé de stratégie ou n’ont pas donné de détails sur ce qui les attendait, a précisé M. Miller. Les participants semblaient déjà connaître les sombres faits. « Il n’aurait pas été approprié de dire ‘Votre armée va-t-elle s’effondrer ?’. Mais bien sûr, nous le pensions tous ».

Bien que Miller ait reconnu samedi qu’il aurait été impossible pour les États-Unis de soutenir éternellement le gouvernement afghan, il a déclaré que l’avancée rapide des talibans dans le pays et le chaos mortel qui en résulte à Kaboul auraient pu être évités si l’administration Biden avait tenu compte des experts militaires et de la sécurité nationale.

Miller est un vrai croyant dans les capacités des forces d’opérations spéciales. Il a débarqué en Afghanistan en décembre 2001 au début de la chasse à Oussama Ben Laden. Plus tard, il a servi comme commandant des bérets verts et comme directeur des centres nationaux de lutte contre le terrorisme. Nommé secrétaire à la défense par intérim quelques jours seulement après que M. Trump a perdu sa candidature à la réélection, M. Miller s’est rapidement rendu au domicile des Bérets verts, à Fort Bragg, en Caroline du Nord, pour une cérémonie visant à élever l’autorité du secrétaire adjoint aux opérations spéciales.

Quelques semaines plus tard, Miller s’est envolé pour l’Afghanistan, où il a rencontré Ghani et a rendu visite aux troupes américaines du Commandement des opérations spéciales de l’armée afghane au Camp Morehead, dans la province de Wardak.

« J’ai toujours pensé que c’était une énorme erreur stratégique d’étendre la guerre. Je pensais que la guerre était destinée aux opérations spéciales, à une petite empreinte », a-t-il déclaré à l’époque.

À cette époque, Miller savait que certains membres de la communauté du renseignement américaine pensaient que la guerre pouvait redevenir plus petite, et durable.

« Nous avons fait beaucoup de simulations sur ce sujet et nous savions quelle était la structure de force minimale », a-t-il déclaré cette semaine. « Le chiffre était de 800. Si tout cela tourne mal, quelle est la structure de force minimale nécessaire pour maintenir la capacité de frappe et de reconnaissance [antiterroriste] ? Nous pouvons le faire pour 800, 850. »

Defense One a pu confirmer le compte-rendu de Miller sur l’étude du personnel de 800 personnes de manière indépendante avec un autre ancien membre du NSC (Conseil de Sécurité Nationale).

Miller a déclaré qu’il comprenait l’accord de retrait de Trump du 1er mai comme une tactique de négociation.

« Toute la stratégie politique à venir était ‘Ghani va devoir traiter avec les talibans’. Et ça n’allait pas être un partage 50-50 entre le gouvernement afghan et les talibans. Nous le savions. La répartition allait être de 75-25 [majorité de talibans], et ensuite il fallait transformer cette chose en un gouvernement intérimaire », a-t-il déclaré.

M. Miller a déclaré que c’était sa perception à la suite d’une réunion du comité des suppléants du Conseil National de Sécurité sur les négociations avec les talibans, dirigée par l’ambassadeur Zalmay Khalilzad, le principal négociateur américain, vers février 2020. Les hauts responsables de l’administration Trump ont annoncé les premiers paramètres de leur accord avec les talibans lors de la Conférence sur la sécurité de Munich ce mois-là, en Allemagne, à laquelle ont participé Khalilzad, Ghani, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le prédécesseur de Miller au poste de secrétaire à la défense, Mike Esper.

Pompeo a raconté ses propres souvenirs lors d’une apparition lundi sur Fox Business.

« Nous aurions exigé des talibans qu’ils respectent les conditions que nous avions fixées dans l’accord – y compris l’accord de partage du pouvoir – ce que nous avons eu du mal à leur faire faire, mais nous avons clairement indiqué qu’il s’agissait d’une condition préalable au retrait complet », a déclaré M. Pompeo.

Mais M. Miller a déclaré qu’il n’a jamais été question d’un retrait complet ; le « jeu » consistait à persuader l’administration Ghani d’accepter un gouvernement intérimaire de coalition ou de démissionner comme l’exigeaient les talibans. Un nouveau gouvernement devait alors être ratifié par la loya jirga (une assemblée convoquée afin de prendre les grandes décisions concernant le peuple afghan), une assemblée juridique pachtoune traditionnelle de chefs tribaux, qui aurait probablement transféré des postes ministériels clés et d’autres pouvoirs aux talibans.

« Ce n’était pas une reddition inconditionnelle : ‘Nous partons, nous nous dirigeons vers la porte' », a déclaré Miller. « Nous n’allions pas simplement nous diriger vers la porte. Nous allions coincer Ghani durement et l’obliger à conclure un accord avec les talibans. Cela aurait été moche. Cela n’aurait pas été génial. Mais nous n’avions pas l’intention de partir tout simplement ».

L’espoir était que le processus aurait permis aux États-Unis, par l’intermédiaire de Ghani ou de son remplaçant, de négocier un nouvel accord sur le statut des forces afin de prolonger la présence des troupes américaines en Afghanistan sous le couvert de la poursuite de la formation antiterroriste.

« Il allait y avoir un nouveau gouvernement. Les talibans n’existeraient pas en tant qu’entité indépendante. Cet accord n’est plus valable. L’idée générale était qu’ils seraient d’accord », a déclaré Miller. « Nous l’aurions appelé ‘assistance à la sécurité’, pour qu’ils puissent sauver la face, mais nous allions maintenir une capacité de frappe et de reconnaissance [antiterroriste]. »

« Nous étions dans une impasse », a-t-il ajouté. « Si les talibans commençaient à se masser et à sortir de leur état d’insurrection… nous aurions mis des conseillers [américains] avec les forces afghanes. »

Si les talibans attaquaient les forces afghanes et américaines, les États-Unis seraient mieux à même de répondre en faisant appel à des frappes aériennes ciblées, a-t-il ajouté.

Entre-temps, selon M. Miller, le processus de gouvernement intérimaire aurait permis aux États-Unis de gagner du temps pour mener une évacuation ordonnée, ce qui contraste fortement avec ce qui se passe à Kaboul cette semaine.

Miller a estimé que le processus d’établissement de ce nouveau gouvernement aurait également permis de maintenir les talibans dans les négociations plutôt que de les presser de prendre Kaboul.

En mars, le président des chefs d’état-major interarmées, le général Mark Milley, aurait dit à Biden que le fait de laisser moins de 2 500 soldats pourrait permettre des gains rapides des talibans et rétablir un refuge pour les groupes extrémistes comme Al-Qaïda ou ISIS pour planifier des attaques contre des cibles occidentales. Cette semaine, le bureau de Milley aurait déjà averti certains législateurs qu’il revoyait le niveau de menace qu’il perçoit des terroristes au Moyen-Orient.

Mercredi, Milley a déclaré que le moment de revoir les décisions passées sur les niveaux de troupes américaines en Afghanistan viendra plus tard, mais a affirmé que le Pentagone avait prévu plusieurs scénarios possibles pour l’avancée des talibans. « L’une de ces éventualités est ce que nous exécutons en ce moment même », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.

Le bureau du président n’a pas répondu aux demandes de commentaires pour cette histoire.

Les experts se sont longtemps disputés sur le nombre de troupes américaines nécessaires en Afghanistan pour dissuader et répondre aux menaces terroristes et pour continuer à former et soutenir les forces afghanes.

Mike Nagata, un trois étoiles de l’armée à la retraite qui a dirigé la planification opérationnelle stratégique au National Counterterrorism Center, a déclaré qu’il n’était pas surpris d’entendre le chiffre de 800 hommes, mais qu’il était insuffisant.

D’après mon expérience en matière de contre-terrorisme, plusieurs milliers de personnes sont nécessaires en Afghanistan pour mener les activités opérationnelles et de renseignement nécessaires pour avoir une confiance raisonnable dans le fait que nous pourrions contrecarrer la création d’un nouveau « refuge » terroriste capable de mener des attaques terroristes transnationales. Toutefois, cela n’a rien à voir avec ce qui serait nécessaire pour soutenir la capacité du gouvernement afghan à sécuriser sa propre population et son territoire contre les talibans », a déclaré M. Nagata, qui a également commandé l’U.S. Special Operations Command Central.

Même avec plusieurs milliers de soldats, a déclaré M. Nagata, l’effort de lutte contre le terrorisme comporterait encore des risques importants en raison de « la taille énorme de l’Afghanistan, de la rudesse de son terrain et de la complexité de sa population. »

Un deuxième ancien haut fonctionnaire de l’administration Trump a reconnu qu’il y avait des actions, menées principalement par Khalilzad, pour évincer Ghani afin d’apaiser les Talibans.

« C’est ce que Khalilzad poussait et c’est ce que les talibans voulaient. Ils voulaient se débarrasser du gouvernement légitime », a déclaré le fonctionnaire.

Le fonctionnaire a reconnu que les États-Unis avaient peu d’options pour garder les talibans hors de Kaboul. « L’espace de décision était le suivant : maintenir une petite présence antiterroriste américaine ainsi que 7 000 à 8 000 soldats de l’OTAN et en quelque sorte tenir le fort et protéger nos intérêts antiterroristes, ou aller à zéro et céder le pays aux talibans. »

Toutefois, le fonctionnaire n’était pas du tout d’accord pour dire que l’idée de Miller était réalisable. « Les talibans n’allaient jamais accepter de laisser des forces américaines dans le pays et si un fonctionnaire américain pensait que c’était possible, je pense qu’il était victime d’un vœu pieux. »

Mais, selon l’ancien haut fonctionnaire de l’administration Trump, la façon dont le gouvernement afghan s’est effondré aurait quand même pu être évitée avec un retrait plus progressif.

« Il y a probablement une option intermédiaire pour retirer progressivement les forces américaines et garder les entrepreneurs [d’opérations spéciales], ou au moins certains d’entre eux, dans le pays. Je pense que ce qui a vraiment miné les Afghans, c’est le retrait des 16 000 contractants ainsi que de toutes les forces américaines de façon si abrupte. Cela a changé radicalement et du jour au lendemain le sol sous leurs pieds. Et il y a un élément psychologique si vous réalisez que votre partenaire des 20 dernières années vient de vous abandonner. »

Trump’s Pledge to Exit Afghanistan Was a Ruse, His Final SecDef Says
Chris Miller now says talk of a full withdrawal was a “play” to convince a Taliban-led government to keep U.S. counterterrorism forces.

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